Il est un constat qui donne la nausée : celui d’une homophobie qui non seulement reste toujours aussi vivace tant dans les esprits que dans les actes, mais qui plus est tend à se cristalliser dans les plus hautes sphères étatiques.
Ainsi en est-il des débats parlementaires relatifs au PACS qui tant devant l’Assemblée Nationale que le Sénat ont donné une tribune à l’expression d’une homophobie vivace et diversifiée au travers d’ une surenchère d’invectives outrancières à l’endroit des homosexuels / les.
La multiplicité des prises à parties dans l’hémicycle et la vague déferlante d’amendements proposés par une opposition belliqueuse ont fortement dénaturé le débat parlementaire et ont amoindri la portée d’un texte législatif tant espéré par la communauté gay.
Même si une issue partiellement “ heureuse “ est aujourd’hui entrevue sur le devenir de ce texte avec de surcroît la reconnaissance du concubinage sans distinction de sexe, on ne peut qu’être amer en constatant que la coalition des opposants au PACS a occupé de manière constante la scène médiatique en générant un climat délétère.
Par ces mécanismes d’exclusions, risquent d’être définitivement bafouées à la fois les valeurs même de la Loi républicaine fondée sur la lutte contre les atteintes à la dignité de la personne ; et l’acceptation de la pluralité au sein d’une Démocratie.
Il importe de proscrire toutes prises de position ouvertement homophobes qui veulent générer dans la société française à la fois une peur obsédante et irrationnelle ; et un dégoût et une répulsion de celui ou celle qui n’entre pas dans le carcan sociétaire et échappe ainsi aux normes de référence établie.
La communauté homosexuelle en son entier et l’Etat ne sauraient tolérer de tels débordements émanant de personnalités politiques ou d’associations qui abusent ainsi de leur qualité ou de l’autorité qui leur est conférée pour instiller la haine, le rejet, l’intolérance et l’exclusion dans des esprits peu ouverts à l’Autre.
La mise à l’Index du couple homosexuel constitue à l’évidence une volonté de « rendre absent » ou de tuer légalement, politiquement, socialement : l’homme libre.
Ce rejet de l‘Autre est d’autant plus intolérable et inacceptable que l’arsenal législatif français ne comporte pas d’incrimination spécifique à l’homo phobie alors même que la discrimination fondée sur la race est quant à elle pénalement sanctionnée.
Comment peut on accepter plus longtemps que des hordes endoctrinées aient osé hurler dans les rues de Paris : “ Les pédés au bûcher “ sans pour autant encourir les foudres de la Justice. A n’en pas douter, les données judiciaires auraient été tout autre si ces mêmes avaient vilipendé une communauté religieuse ou ethnique juridiquement protégée.
Désormais, les gay et lesbiennes doivent se préparer à relever un nouveau défi : agir et vivre dans un cadre législatif pré-établi pour faire reculer le spectre d’une homo phobie qui n’aura de cesse de trouver d’autres supports pour s’exprimer.
Aussi, faut-il rester vigilant aux fins d’éviter qu’à l’instar d’une épidémie, l’homo phobie ne devienne une maladie sociale transmissible, aux réactions brusques et amples, d’une criante réalité sociologique mais tant gratifiée par certains contemporains.
Gabriel Versini-Bullara
Avocat au Barreau de Lyon
Avril 1999